Avec 2018, 2019 et 2020, ce sont trois grands millésimes qui se suivent et qui sont bien distincts les uns des autres. Le 2018 a du charme, le 2019 est plus frais et le 2020 se distingue par son équilibre avec des teneurs en alcool à la baisse.

Le résumé du millésime en fait :

- Plus de 700 mm entre le 1er novembre 2019 et le 31 mars 2020 soit 300 mm de plus que la moyenne 1989-2019.

- Des températures moyennes systématiquement au-dessus de la moyenne pluriannuelle. Jusqu’à 3,1°C au- dessus de la moyenne au cours de la première quinzaine de février.

- Seulement 6 nuits avec des températures nocturnes négatives contre 21 en moyenne sur 20 ans.

 Printemps historiquement doux dans la lignée de l’hiver

- Des températures moyennes toujours nettement supérieures à la moyenne historique

- Entre Avril et Juin, 135mm d’eau de plus que la moyenne sur cette période. Ces précipitations vont, parfois, prendre la forme d’orages de grêle localement destructeurs sur l’est de la Rive Droite et dans l’Entre-Deux Mers.

Conséquences agronomiques

- Rechargement des réserves utiles des sols, ce qui permet à la vigne, en situation normale, de pouvoir mieux affronter la période estivale.

- La multiplication cellulaire est bonne: les baies grossissent.

- La véraison commence tôt: mi-juillet. Mais la mi véraison ne sera atteinte qu’aux environs du 25 juillet sur les terroirs les plus précoces. La synthèse des composés phénoliques dans la pellicule est bonne.

 Le défi de 2020 : les équilibres

En 2020 les baies sont petites et leur peau est épaisse. La conséquence résulte en des charges tanniques au-dessus de la moyenne, alors que les teneurs en acide sont plus basses que d’habitude.

Il a fallu être prudent lors des extractions afin de bien la puissance des tannins. En Bordeaux primeurs 2020, beaucoup de vins ont des teneurs en alcool en-dessous de 14%... c’est une très bonne nouvelle !

St-Estèphe prend les devants

Ce n’est pas un secret, lorsque le Cabernet Sauvignon est grand, il est difficile de le détrôner. Et c’est bien ce qui semble se dessiner après plus de 730 échantillons dégustés. L’homogénéité des vins de St-Estèphe est brillante et le niveau des vins présentés est réjouissant.

Suivent de très près Pauillac et St-Julien puis MargauxListrac et Moulis présentent également des vins plus concentrés que d’habitude et avec de belles aptitudes à la garde.

Du côté de St-Emilion ce sont les terroirs argilo-calcaires qui tirent leur épingle du jeu avec de belles tensions en corrélation avec la puissance. Scénario identique à Fronsac qui profite largement de ses terroirs calcaires.

Les régions de Pessac-Léognan et Pomerol sont également dans la course. Le tir est groupé du côté de Pessac avec des vins rouges de très bon niveau et des blancs qui sont moins onctueux, moins marqués par le bois que par le passé. On sait être réactif aux demandes du marché !

Pomerol on se plait à rappeler que 2020 est une année à Merlot… et la grande qualité des vins de cette région le confirme avec brio.

Avec Pomerol, Saint-Emilion et Saint-Estèphe, le trio de tête du millésime 2020 semble se démarquer, mais il est talonné de près par Pessac-Léognan et Saint-Julien. On retrouve donc les régions classiques qui ont tant su faire briller Bordeaux… le mot est lâché : classique… car si l’on veut faire le jeu des comparaisons avec 2018 et 2019, le millésime 2020 est bien le plus classique des trois avec de la puissance, de la fraîcheur et de la finesse ; en résumé c’est très bordelais !

Meilleures salutations

Yves Beck