Avant d'être un grand cru classé, Talbot fut une baronnie. Les terres qui portent aujourd'hui le vignoble étaient au XVe siècle au cœur des possessions anglaises en Guyenne, placées sous l'autorité de John Talbot, 1er comte de Shrewsbury, Connétable d'Angleterre et gouverneur militaire de la province. Homme de guerre redouté, Talbot était le dernier rempart des Anglais en France : il trouva la mort à la bataille de Castillon le 17 juillet 1453, à l'âge de 80 ans, lors de l'ultime engagement de la Guerre de Cent Ans qui mit fin à la domination anglaise en Guyenne. Son nom resta attaché à ces terres, et la baronnie de Talbot entra dans la longue liste des propriétés médocaines qui portent les cicatrices de l'Histoire.
Pendant presque deux siècles, le domaine appartint aux Marquis d'Aux, famille de la noblesse gascons. C'est en 1918 que Désiré Cordier, négociant en vins en pleine ascension, fait l'acquisition du château — un an seulement après avoir aussi repris le Château Gruaud-Larose. Vigneron passionné, Désiré laisse à ses enfants une philosophie exigeante, immortalisée dans les carnets familiaux : l'amour du terroir avant tout profit. Son fils Georges, puis son petit-fils Jean Cordier, portent ensuite le domaine à sa maturité moderne, en développant le vignoble, en modernisant les installations et en forgeant la réputation de régularité qualitative qui caractérise Talbot à travers les décennies.
Aujourd'hui, c'est Nancy Bignon-Cordier et son mari Jean-Paul Bignon qui assurent la direction de la propriété, quatrième génération de Cordier à la tête du château. L'équipe technique s'articule autour du maître de chai Jean-Max Drouilhet — à la tête des vinifications depuis 2007 — et du chef de culture Damien Hostein. La qualité est supervisée par deux consultants de premier plan : Éric Boissenot, l'œnologue médocain de référence, et Stéphane Derenoncourt. En 2012, un immense chai d'élevage ultramoderne capable d'accueillir 1 800 fûts est inauguré, consolidant les capacités du domaine pour les générations futures.
À cette ambition rouge s'ajoute une singularité blanche : depuis les années 1930, Château Talbot produit le Caillou Blanc, l'un des plus anciens vins blancs secs du Médoc, issu de 5 hectares en bordure de la Gironde. Ce blanc de Sauvignon (80%) et de Sémillon (20%), vinifié en partie en cuves tronconiques de chêne, est une curiosité chérie des amateurs, attestant de la vocation plurielle d'un domaine qui ne se réduit pas à un seul style.

