L'histoire de Langoa-Barton commence en 1758, lorsque Bernard de Pontet fait construire cette élégante chartreuse au cœur de Saint-Julien-Beychevelle. L'architecture sobre et équilibrée de l'édifice dissimule une particularité remarquable : les chais de vieillissement sont installés au rez-de-chaussée de la demeure, sous forme d'une crypte voûtée où règnent silence et fraîcheur constante. Dès 1776, bien avant le classement officiel de 1855, Labadie classe déjà la propriété au troisième rang des crus de Saint-Julien dans son rapport à l'intendant de la généralité de Guyenne — preuve de la réputation ancienne du terroir.
En décembre 1821, Pierre-Bernard de Pontet cède la propriété à Hugh Barton pour la somme de 550 000 francs. Hugh Barton, petit-fils de Thomas Barton — négociant irlandais qui avait quitté son île en 1722 pour s'établir à Bordeaux — réalise ainsi son rêve de devenir propriétaire terrien dans le Médoc. Il rebaptise aussitôt la propriété « Château Langoa-Barton ». Cinq ans plus tard, en 1826, il acquiert en plus une partie du domaine de Léoville — qu'il nomme Léoville-Barton. Mais ces vignes n'ont pas de chai : c'est donc naturellement à Langoa que seront élaborés les deux crus, tradition qui se perpétue jusqu'à aujourd'hui.
En 1855, lors de la classification de Napoléon III, Langoa-Barton — déjà propriété des Barton — est consacré 3ème Grand Cru Classé de Saint-Julien. La famille Barton est alors, comme elle l'est encore aujourd'hui, l'une des deux seules dynasties à posséder un Cru Classé sans interruption depuis cette date, aux côtés de Mouton-Rothschild. Les générations se succèdent : Hugh, puis son fils Bertram, puis Ronald Barton qui doit fuir l'Occupation en 1940 avant de revenir en 1945, puis Anthony Barton qui prend les rênes en 1983 et élève le domaine à une reconnaissance internationale nouvelle, refusant par principe de pratiquer des prix spéculatifs alors que la qualité le lui aurait permis.
Depuis le décès d'Anthony en 2022, c'est Lilian Barton Sartorius, sa fille, qui dirige les deux domaines, accompagnée de ses enfants Damien et Mélanie. Mélanie Barton Sartorius est la première œnologue de la dynastie — une première en deux siècles — apportant une dimension technique nouvelle à une maison qui reste profondément attachée au classicisme médocain. En 2020–2021, le cuvier du château est entièrement reconstruit et équipé de 44 cuves (de 120 à 200 hl) pour permettre une vinification véritablement parcellaire. Éric Boissenot assure le conseil œnologique, et François Bréhant la direction technique, dans la continuité d'une maison qui n'a jamais trahi l'élégance de son terroir.

