L'histoire de Château L'Église-Clinet au sens moderne du terme commence en 1983, lorsque Denis Durantou prend la direction du domaine familial. Il a alors vingt-cinq ans, une formation de géologue, et une vision du vin radicalement différente de la tendance dominante de l'époque. Alors que les années 1980 voient émerger à Pomerol un style extractif, concentré, visant la puissance immédiate, Durantou choisit le chemin inverse : travail au vignoble plutôt qu'en cave, rendements parmi les plus faibles de Bordeaux (18 à 25 hl/ha), élevage long et patient, non-interventionnisme à chaque étape.
Le résultat est immédiatement reconnaissable. L'Église-Clinet ne ressemble à aucun autre Pomerol : là où ses voisins opulent et chaleureux séduisent dans la jeunesse, lui exige du temps et de la patience. Sa robe est plus claire, son nez plus discret à l'ouverture, sa bouche plus tendue. Mais avec quelques années de cave, il se révèle d'une complexité et d'une profondeur que peu de vins du monde peuvent égaler. Robert Parker, pourtant admirateur des vins généreux, lui attribuera régulièrement des notes entre 96 et 100 points en soulignant justement cette singularité stylistique.
La géologie de formation de Durantou explique en partie son approche. Là où un œnologue raisonne d'abord en termes de fermentation et d'extraction, il réfléchit d'abord en termes de sol. L'argile bleue profonde sur laquelle reposent ses 5,5 hectares — la même couche géologique que Pétrus voisin — devient le point de départ de chaque décision viticole. La vigne doit s'y enraciner profondément, les rendements doivent être assez faibles pour que chaque baie concentre l'expression du sol, et la cave ne doit rien ajouter que ce que le terroir ne contient pas déjà.
En 2021, la famille s'élargit à la direction du domaine avec l'arrivée des filles de Denis Durantou. Constance et Vétou Durantou poursuivent la philosophie paternelle tout en apportant leur sensibilité propre, notamment dans une conversion progressive vers une viticulture biodynamique. La continuité est totale, le style intact. L'Église-Clinet reste ce qu'il a toujours été depuis 1983 : le vin le plus exigeant et le plus récompensant de Pomerol.
- XIXe s. Les premières vignes du lieu-dit Clinet, attenant à l'église de Pomerol, sont documentées. Le domaine prend son nom de cette double référence géographique et religieuse.
- 1956 Le gel catastrophique de février détruit une grande partie du vignoble. La replantation progressive fixe l'encépagement actuel : Merlot largement dominant sur argile bleue, avec une part significative de Cabernet Franc.
- 1983 Denis Durantou, 25 ans, prend la direction du domaine familial. Rupture stylistique immédiate avec la tendance opulente de l'époque : rendements drastiquement réduits, travail au vignoble prioritaire, non-interventionnisme en cave.
- 1998 Robert Parker attribue 100 points au millésime 1998. L'Église-Clinet entre dans le cercle très restreint des vins parfaits de Pomerol, aux côtés de Pétrus et La Conseillante 2000.
- 2000 Nouveau 100 points Parker pour un millésime d'anthologie. L'Église-Clinet s'impose définitivement comme l'une des deux ou trois références absolues de l'appellation.
- 2012 Dans un millésime bordelais difficile, L'Église-Clinet réalise l'un de ses meilleurs vins de la décennie (97–98 pts), démontrant que son terroir et sa viticulture surpassent les aléas climatiques là où d'autres châteaux peinent.
- 2015–2020 Série de millésimes entre 96 et 99 points. L'Église-Clinet confirme sa régularité exceptionnelle sur une décennie entière, ce qui le distingue même parmi les plus grands Pomerol.
- 2021 Constance et Vétou Durantou rejoignent leur père à la direction du domaine. Conversion progressive vers la biodynamie. Le style demeure intact, la vision se perpétue sur la nouvelle génération.

