Les terres de Lascombes appartiennent à l'histoire de Margaux depuis le XIVe siècle, alors possession de la maison de Durfort de Duras. C'est sous la direction du chevalier Antoine de Lascombes, né en 1625, que le domaine prend son identité viticole propre, après séparation d'avec le voisin Durfort — qui deviendra Durfort-Vivens. La lignée des Lascombes reste maîtresse des lieux jusqu'à la Révolution française, avant que plusieurs familles ne se succèdent à la tête du domaine au cours du XIXe siècle.
En 1855, sous la propriété de la famille Hue, le château se voit attribuer le titre de 2ème Grand Cru Classé. Gustave Louis Chaix d'Est-Ange, bâtonnier du barreau de Paris, acquiert alors le domaine en 1867 et y fait construire l'actuel château dans un style néo-anglais. À la fin du XIXe siècle, le vignoble entre dans une phase de déclin progressif. Il faudra attendre 1952 et l'arrivée d'Alexis Lichine — auteur, négociant et ambassadeur du vin français aux États-Unis — accompagné d'un syndicat d'investisseurs dont David Rockefeller, pour que Lascombes retrouve son lustre d'antan. Lichine triple la production, ouvre le domaine au public et en fait une vitrine du Bordeaux classé.
En 1971, Lichine cède le château au groupe brassicole britannique Bass-Charrington. Après une longue période de gestion industrielle, Colony Capital — fonds américain — reprend le domaine en 2001 et confie sa direction à Dominique Befve, ancien directeur des châteaux Lafite-Rothschild et de l'Évangile. Befve restructure intégralement le vignoble parcelle par parcelle, réoriente l'encépagement vers le Merlot sur les sols argilo-calcaires, et s'entoure de Michel Rolland comme œnologue consultant. En 2011, la MACSF (Mutuelle d'assurances du corps de santé français) rachète le domaine pour 200 millions d'euros, poursuivant les investissements qualitifs.
En 2022, la famille Lawrence — également propriétaire de Heitz Cellars en Napa Valley — acquiert Château Lascombes. Dès leur arrivée, ils font appel à Axel Heinz, ex-directeur d'Ornellaia et de Masseto, pour piloter la transition vers un style plus raffiné. Depuis le millésime 2023, les vinifications évoluent vers des extractions plus douces, un travail parcellaire en cuves de bois et d'inox, et un élevage hybride en barriques, foudres et amphores. Un chapitre nouveau s'écrit pour le plus grand vignoble classé de Margaux.

