L'aventure bordelaise des Barton débute en 1722 lorsque Thomas Barton, natif d'Irlande, quitte son île pour s'établir à Bordeaux. Doué pour le commerce, il fonde rapidement une maison de négoce qui prospère et fera de son nom l'une des signatures les plus respectées du Médoc. Son petit-fils Hugh, héritier de cet empire du négoce, franchit en 1821 un pas décisif en rachetant le Château Langoa, propriété de Saint-Julien dont il prend aussitôt possession. Cinq ans plus tard, en 1826, il acquiert une partie du vaste domaine de Léoville — qu'il nomme aussitôt Léoville Barton. Une particularité demeure alors, et perdure jusqu'à ce jour : ce vignoble n'a pas de château. Hugh vinifie donc ses deux crus dans les chais de Langoa, tradition qui fait aujourd'hui la singularité absolue de ce domaine parmi tous les Grands Crus Classés de Bordeaux.
L'histoire du domaine est celle d'une famille qui a su résister à tous les orages. En 1793, pendant la Révolution, Hugh Barton est arrêté et ses biens menacés de confiscation. Libéré in extremis le 21 décembre, il fuit en Angleterre et en Irlande — mais maintient ses relations bordelaises à distance et finit par récupérer ses avoirs. Un siècle et demi plus tard, en 1940, Ronald Barton doit à son tour abandonner le château face à l'avancée allemande. Il revient en 1945 pour signer l'un des millésimes mythiques du domaine. Ces deux épisodes de fuite et de retour illustrent mieux que tout l'attachement profond de la famille à ce terroir de Saint-Julien.
La véritable ascension vers l'excellence commence en 1983 lorsque Anthony Barton — petit-neveu de Ronald — prend la direction du domaine. Homme de passion et d'intégrité, il modernise les installations, restructure les vignobles et, fait remarquable, maintient des prix délibérément accessibles pour un vin de cette qualité. Robert Parker salua régulièrement son « Midas touch » et qualifia Léoville-Barton de « grossly underpriced » — sous-évalué pour sa qualité. En 2007, Anthony est sacré Homme de l'Année par Decanter Magazine, la plus haute distinction de la presse vinicole internationale.
Depuis le décès d'Anthony en 2022, c'est sa fille Lilian Barton Sartorius, épaulée par ses enfants Damien et Mélanie, qui perpétue l'héritage — 10ème génération dans le vin à Bordeaux. Le domaine poursuit sa conversion progressive vers l'agriculture biologique (initiée en 2012), sous la direction technique de François Bréhant et les conseils de l'œnologue Éric Boissenot. La certification HVE (Haute Valeur Environnementale) a été obtenue en avril 2020.

