Daniel Gazzar Vins - Achat Vins

Bordeaux Primeurs 2020

la naissance d’une trilogie

Au niveau des conditions météorologiques, la douceur et les pluies de l’hiver 2020, puis celles, exceptionnellement chaudes du printemps du confinement ont annoncé la menace du mildiou. Entre avril et juin, les pluies ayant dépassé de 135mm les moyennes printanières, les sols – surtout ceux constitués de graves argileuses – se sont chargées en réserve d’eau pour la période estivale. Bien leur en a pris ! L’été 2020 a été particulièrement chaud et sec, aidant les viticulteurs à éliminer le mildiou des grappes. Les baies prennent de l’ampleur et avancent rapidement dans leur croissance. L’autre conséquence est une véraison bien plus avancée que d’habitude. Un certain stress hydrique s’installe durant le mois de juillet, mais début août des pluies relâchent la pression. A partir de la mi-août, la sécheresse recommence, jusqu’à mi-septembre, avançant significativement l’heure des vendanges. La différence de température entre le jour et la nuit a permis de rafraîchir la vigne durant cette période. Les baies sont donc arrivées très rapidement à maturation, le sucre est maîtrisé, la peau de raisins est fortement concentrée mais la taille des grains est petite, annonçant une réduction des quantités par rapport à 2019.

bordeaux primeurs 2020

Le temps des vendanges a été rapidement mis en place, du fait de la maturation des baies et des conditions de travail. Le personnel s’est démené pour tout organiser en quelques semaines, commençant par les Merlots précoces à partir du 8 septembre, poursuivant avec les Cabernets Sauvignons. Le 30 septembre, tout était récolté, ce qui n’est pas arrivé depuis fort longtemps. Quant aux liquoreux, ils ont eu moins de chance, le botrytis n’ayant commencé son œuvre que début octobre, les vendanges ont dû être retardées.

 

Le résultat des Bordeaux Primeurs 2020 est étonnant, comme l’a été toute l’année… Voire même déconcertant. Les viticulteurs ont surtout dû s’adapter à chaque instant et cela leur a plutôt réussi ! Le taux d’alcool est plus bas que les dernières années, en dessous de 14°, ce qui est un point très positif. La peau des baies est épaisse, forte en tannins concentrés. Les fruits sont petits, le rendement des propriétés sera bas. 

Pour la Rive gauche, la présence de la Gironde et de ses vents frais océaniques a bien entendu favorisé les propriétés qui auraient pu souffrir du mildiou. Les autres bénéficiaires de cette année 2020 sont les domaines assis sur de l’argile, ce qui permet d’emmagasiner de l’humidité pour les jours de canicule estivale. A ce jeu, les Cabernets Sauvignons ont leur heure de gloire et permettent à St-Estèphe en général d’exprimer une belle homogénéité au niveau de la qualité. St-Julien, Pauillac et Margaux également font preuve d’une plus grande concentration que d’habitude, annonçant de magnifiques années de garde.

Quant à la Rive droite, à St-Emilion, seuls les terroirs argilo-calcaires réussissent à allier tension des tannins et puissance. La très belle réussite des Merlots changera probablement les proportions dans certains domaines. A Pomerol, le leitmotiv est bien que 2020 est une année à Merlot !

Promis à une grande garde, le millésime 2020 des Bordeaux Primeurs est souvent considéré, avec ses tannins savoureux, son faible taux d’alcool et un subtil équilibre comme un nouveau millésime « classique ». Selon le célèbre œnologue Eric Boissenot, conseiller de la plupart des Premiers Grands Crus classés du Médoc : « 2020 ne ressemble pas à 2018 ou 2019, mais sans doute aura-t-il quelque chose de 2016 ».